introduction
Publié le 27 Novembre 2012
Les pigeons et moi, c'est une longue histoire.
Ca remonte même probablement à l'ère obscure d'avant le végétarisme, quand, vivant en bordure d'une zone de champs et de sous bois, mon petit frère et moi, nous partions tôt le dimanche matin battre les champs, produire une cacophonie d'enfer dans la foret, ceci dans le but que les animaux soient bien cachés à l'arrivée des chasseurs. En gros on était des hunt-saboteurs sans le savoir.
À cette époque nous avons recueilli à deux reprises des pigeons tombés dans notre jardin, du plomb dans l'aile. On les avait gardés, nourris, amenés chez le vétérinaire, et des amis de la famille s'étaient chargés de les soigner dans leur volière avant de les relâcher.
Je ne sais pas si mon amour pour les pigeons date de là ou s'il était tout simplement inné mais je pense que leur condition déplorable a été un des principaux facteurs de mon mal être quand je suis arrivée à Paris pour mes études.
Pattes atrophiées, ailes déplumées, maigreur, cadavres écrasés sur la route. Les pigeons en bavent dans cette ville, et ils sont méprisés par le plus grand nombre.
J'ai repris un peu conscience de l'importance de leur porter secours en découvrant le site La Terre D'Abord qui a d'une certaine façon le pigeon comme emblème.
Et voilà, c'est devenu un réflexe, je suis aux aguets, dans chacun de mes déplacements pédestres à Paris, je distribue discrètement des graines, et je guette un ami à plumes qui aurait besoin d'un coup de main...
Quand on cherche un pigeon à secourir, indubitablement on le trouve.
Et c'est là que les choses se sont corsées pour moi. J'ai trouvé Scout. Un petit pigeon prostré contre la vitrine d'un Picard, replié sur lui même, je l'ai repéré en faisant mes courses, près de chez moi. Je suis montée déposer mes courses, prendre un tissus noir et une boite de transport, et je suis redescendue le chercher, le trac au ventre. Peur de galérer à l'attraper pendant des plombes sous le regard de passants abasourdis. Finalement, une fine pluie tombait, des passants, il y en avait pas des tonnes, et j'ai attrapé Scout aisément. J'ai lancé le tissus noir sur lui (dans le noir un pigeon se calme), je l'ai saisi à travers le tissus, puis mis dans ma boite de transport et ramené chez moi. J'étais tremblante d'émotion de transporter cet être fragile et amoindri dans mon sac!
J'ai installé Scout dans la cage de mon rat qui de toutes façons n'y met plus les pattes depuis qu'elle dort avec moi...
Dans mes recherches internet je suis rentrée en contact avec deux associations de protection des pigeons sans savoir qu'elles sont en conflit, il y a les partisans de l'une et les partisans de l'autre, et, un peu dégoûtée par tout ce qui se dit de part et d'autre de cette petite bataille, je préfère garder Scout pour m'en occuper moi même. Je l'ai quand même montré à l'association parisienne qui après l'avoir examiné m'a dit qu'il s'agissait d'un très jeune pigeon épuisé. Pas malade ni blessé à priori. J'ai aussi échangé pas mal d'e-mails avec la responsable de Lapalomatriste qui m'a conseillée par rapport aux soins à donner.
Entre temps, l'état de Scout, que je nourris trois fois par jour à la main avec des graines et du gel nutritif, ne s'améliore pas, il dort la plupart du temps, souffre de diarrhée... Je lui laisse à disposition une bouillotte chaude en permanence...
D'après ce que j'ai compris, voilà ce qu'il faut faire si on s'occupe d'un jeune pigeon amaigri chez soi : le nourrir à la main, deux à trois fois par jour, avec un mélange de graines pour tourterelles et colombes (je ferai un article pour expliquer comment faire),
Il ne faut pas le nourrir tout de suite après l'avoir récupéré, le faire boire d'abord et le laisser se calmer (on peut le mettre dans un endroit sombre pour cela, pendant l'heure qui suit sa capture). Le pigeon doit être bien hydraté, surtout qu'en général, après une période de famine, ils souffrent de diahrrée et ont besoin de compenser la perte d'eau. Idéalement, on peut ajouter des vitamines dans l'eau de boisson. C'est aussi important de les maintenir au chaud, pour ne pas qu'il dépensent des calories supplémentaires à garder leur corps à bonne température. Une bouillotte ou une simple bouteille d'eau remplie d'eau bien chaude et enveloppée dans du tissus fait bien l'affaire.
Pour Scout, ça n'a pas suffi. Je l'ai retrouvé mort en rentrant de cours, le quatrième après midi. J'ai appris plus tard qu'il est vraiment difficile de soigner un oiseau aussi maigre. Scout avait véritablement la peau sur les os. Je suis restée en contact avec la responsable de Lapalomatriste et je me suis proposée comme famille d'accueil si à l'avenir elle avait besoin de quelqu'un pour s'occuper d'un pigeon à Paris
4 le pigeon aux pattes atrophiées.
J'ai été contacté il y a quelques jours par la responsable de Lapalomatriste pour accueillir un pigeon blessé qui est depuis deux semaines chez une fille qui l'a trouvé dans la rue. J'ai peu d'infos sur son état. Elle cherche quelqu'un pour prendre le relais car c'est compliqué pour elle de le garder. Je suis accueillie par la mère de la jeune fille, adorable qui me conduit à l'oiseau. Le pauvre est dans une cage minuscule, sur du papier journal. Il est nourri aux biscuits émiettés depuis 15 jours. Mais bon, je vois bien qu'ils ont fait de leur mieux pour aider l'oiseau, et il serait probablement mort dans la rue sans leur intervention. Je pars avec le pigeon dans la cage de transport de mon rat.
Voilà les infos que j'ai : Ils l'ont trouvé épuisé, il ne pouvait pas voler et avait un mal fou à marcher (il a les pattes mutilées). D'après ce qu'on me dit, il reprend des forces et vole mieux ces derniers jours.
Une fois chez moi, j'installe le pigeon dans la cage de mon rat, sur de la litière en chanvre, le lui prépare à boire et des graines, il se jette dessus. Contrairement à Scout, il se nourrit tout seul, et avec un appétit féroce. En fait tout le différencie de Scout : Il est « lourd », vif, agressif (il me pique avec son bec et me file de violents coups d'ailes lorsque je met ma main dans la cage.)
Je suis contente en gros. J'avais peur de trouver un pigeon très malade.
Je pars en cours en le laissant se reposer.
À mon retour, je l'inspecte, sa gorge est nickel, il est tout sauf maigre... Reste à voir ses pattes. Je le nettoie un peu à l'eau puis je le met dans un « bain » d'eau tiède-chaude (à hauteur des pattes) avec une dilution de bétadine pour désinfecter.
Après quelques minutes, je lui sèche les pattes, je coupe les fils qui s'emmêlent autour... Bien qu'il soit mutilé (il a trois doigts à une patte et un seul à l'autre), ses « moignons » sont propres, bien cicatrisés... Je le badigeonne de pommade cicatrisante, et je le laisse se déplacer un peu dans l'appartement. Effrayé, il s'envole, plutôt bien.
En gros, la seule chose qui cloche vraiment, ce sont ses fientes, sombres et assez liquides... Mais après deux semaines de biscuits, comment savoir si c'est anormal ? Il me paraît sain.
Je vais le garder aussi longtemps que nécessaire pour voir si sa digestion redevient normale, mais après ? Je ne sais pas s'il est trop handicapé pour revenir à la vie « sauvage ». Comme me l'a signalée la fille qui l'avait recueilli, il semble avoir du mal à se réceptionner, sûrement à cause de ses pattes abimées... Et si je le relâche, où dois-je le faire ? Je pense que relâcher un pigeon à Paris, c'est le condamner, d'une part à se reprendre des fils dans les pattes (il ne lui reste pas assez de doigts « à perdre »), et d'autre part à se faire attraper et gazer lors d'opération de « régulation » des pigeons... Mais il me semble être adulte, peut être était-il en couple ? Peut être qu'il est attendu quelque part par un pigeon ou une pigeonne qu'il doit retrouver, comment savoir ?